Gigantisme au jardin

Louant le Créateur, la citrouille s’étale : Elle prend de l’ampleur, elle est phénoménale.
On n’ose la peser: il y faudrait des bras Quasi herculéens ! Et qui donc osera Transporter au logis cette masse imposante

Où les veines sinuent en rivières puissantes

Preuves d’une santé qui nous laisse pantois…

Oserons-nous offrir l’accueil de notre toit A ce monstre nourri d’eau pure et de soleil

Dont le teint éclatant tire sur le vermeil Et qui, mis à côté de nos potimarrons

Nous rappelle les tanks de quelque garnison !

La citrouille pâtit de sa bonne santé Nous préférons la voir au jardin enchanté

Où Cendrillon, pressée de partir pour le bal

Sollicite le ciel et le paranormal !

Que nous sommes ingrats ! Au lieu de remercier

La nature , le sol, leur prodigalité

Nous voici effrayés d’une taille géante Boudant l’exceptionnel, et trouvant plus charmante

La taille qui convient au format de nos mains

Ou le joli minois de nos légumes nains ! Lors, de mauvaise foi, nous proclamons, sereins :

Ce proverbe : « Qui trop embrasse mal étreint ! »

Moralité

Les humains n’aiment point

Ce qui sort du commun :

L’originalité provoque la défiance

Le rejet rôde vite et monte le parfum

De la mise à l’index et de l’intolérance !

Miracle

Miracle de la vie qui nous fit sans encombres

Arriver en ces lieux, ici et maintenant…

Et la chaîne infinie de tous nos ascendants

Nous rend vertigineux par la force et le nombre !

Ici et maintenant, depuis cette caverne

Depuis l’auroch vaincu, depuis la nuit des temps

Tant d’effrois surmontés lorsque la peur gouverne

Et qu’un obscur démon fauche bêtes et gens

Miracle de la vie qui nous mène à bon port

Préservant des écueils la minuscule barque

Où nos vies sont jetées, dirigées par le sort

Filé secrètement par la main des trois Parques

Miracle de l’amour qui embrase nos vies

Et qui nous prend la main au plus fort de l’orage

Lumière étincelante aux portes de la nuit

Lorsque nous franchirons les limites de l’âge…

Requiescat in pace

 

C’était un de ces chats pelés

 Dont la fourrure est  éloquente

On aurait pu la mettre en vente 

Comme un tapis au fil  râpé 

Ce n’était pas un chat genoux

Qui vous pétrit comme bon pain

Il avait des airs de voyou

Qui ne fait pas copain-copain 

Dans une bagarre de rue

Pour quelque Belle convoitée

Son œil avait perdu la vue

Et sa hanche se déboîtait

Il avait pourtant du panache

Ce vieux briscard impénitent

Il était vaillant  à la tâche

Quand l’amour se faisait pressant

Vivant de peu et de rapines

Les flancs de ce matou miteux

Se garnissaient dans les cuisines

Après des raids aventureux

Il méprisait ses congénères 

Gras à lards, aux flancs ronronnants

Car il préférait ses galères

A la soumission des rampants 

Il vécut fier, en matamore

Jamais soumis , se révoltant

Mais il fut fauché par la mort

Sur la route, un jour de printemps 

Dans un fossé, pauvre carcasse

Le chauffard brutal le poussa

Pas de requies -cat in pace

Pour les anarchistes nés chats ! 

T’as cafté !

T’as cafté, la garce ?

Et les coups pleuvent !

( Elle est tombée dans l’escalier Y a pas d’ preuve ! )

Faut pas l’chatouiller L’ beau Lulu

Sa mome a cafté : ça demande

Des coups, et de la réprimande…

Comme ça, elle réfléchira

La prochain’ fois !

Et si les larmes dégoulinent : L’avait pas qu’à fair’ sa maligne

Les femmes, faut que ça marche droit !

( C’est l’ beau Lulu qui m’a dit ça!)

Du coup, j’ m’en vais voir la flicaille

Parce-que j’en pince pour sa caille

Au beau Lulu

C’est pas parc’qu’on est d’la racaille

Qu’on a pas d’morale, voyez-vous.

Et j’ai cafté, pour les yeux doux

D’ la caille à Lulu le marlou..

Amour papillon

 

T’aimer en papillon 

Sera bien rude tâche

Je meurs où je m’attache, 

avec feu et passion 

La jalousie étreint

Mon cœur avec violence

Lorsque ton regard danse

Sur la chute de reins

D’une simple passante

Et ce regard me hante

Me torture sans fin

Mais je n’avouerai rien

T’aimer à la folie 

Est le sel de ma vie

J’accueille la souffrance 

Avec grande constance

Pour toi je veux souffrir

Pour toi je veux mourir

Pour toi je veux brûler 

Dans cet amour brasier 

Les réfugiés

Il papillotait des nuages dans un grand ciel piqué d’azur
Les anges se vêtaient d’or pur scintillant sous l’enclos des branches
Dans l’étable l’âne soufflait, prenant en pitié la détresse
De ces réfugiés de la veille surgis d’horizons inconnus
Le petit gigotait tout nu près du sein gonflé de sa mère
Le bon lait d’infinie tendresse réconfortait le nourrisson
Toutes les bêtes dans l’étable avaient un peu la larme à l’œil
Soufflant, piétinant en silence car en ce jour saint, point d’orgueil
L’étoile au ciel conduit la foule vers la plus humble pauvreté
On ne sait pourquoi l’on s’incline devant cet enfant nouveau-né
Mais le peuple venu, devine qu’un jour nouveau va se lever …